Essai : recherche, avance, traité, mémoire, étude…
Analyse : décomposition, étude, raccourci, précis, faire apparaître…
Comparer des projets d’architecture n’est pas une chose facile. Afin de pouvoir étudier rapidement quelques projets phares et de les confronter à
la réalité de Charleroi, j’ai mis au point une sorte de grille d’analyse, de méthode d’observation.
Ce type de schéma n’a pas la volonté d’être parfait mais espère juste clarifier l’étude de chaque site. Il permettra également de les comparer
sous forme graphique, telle une icône pour chaque projet étudié. Tous ces graphiques laisseront apparaître clairement les atouts mais aussi les manques de chaque réalisation proposée.
Comme je l’ai dit précédemment, cet « icône »n’est pas LA solution par excellence, j’espère juste que cette méthode d’analyse pourra
apporter un dialogue, une réflexion sur notre concept de réhabilitation. Ce schéma n’est pas fixe, le lecteur pourra ainsi devenir une personne active en le complétant, l’améliorant en fonction
de ses expériences personnelles.
Le schéma d’analyse est divisé en cinq parties égales. Trois d’entre elles sont de l’ordre du filtre humain ; c’est à dire qu’elles
proviennent d’une réflexion d’une ou plusieurs personnes. Ce filtre est considéré comme un buvard qui ne laisserait transparaître que les actions ou paroles de personnes concernées de près ou de
loin par le projet. Les deux autres parties du schéma d’analyse sont de l’ordre du filtre du lieu ; c’est à dire toutes les observations plus matérielles.
Je vais présenter les différents éléments du schéma en suivant le sens des aiguilles d’une montre.
Le facteur social est la première partie du filtre humain. Il est divisé, comme tous les autres facteurs, en deux
critères d’appréciation.
Le premier : l’ambition. Ce critère veut représenter la volonté du propriétaire, de la ville ou de la région à mener à bien
son projet. Celui-ci est-il une des priorités de son propriétaire ? Répond-t-il à une volonté de changer l’image du lieu ou à combler un désir citoyen ?
Le deuxième : la réalité. Dans ce sujet, je tenterai de m’approcher de la vision de la population vis à vis de ce bâtiment,
ses sentiments envers ce lieu, l’importance du site dans le patrimoine régional, le développement possible de la localité suite à ce projet…
Le facteur du paysage dans le filtre du lieu comprend l’échelle régionale et l’échelle urbaine.
L’échelle régionale tentera de comprendre l’âme de la région au point de
vue architectural et non social comme dans le point précédent. Elle s’accompagnera de l’étude de carte à grande échelle et de recherches sur l’impact architectural du monument dans son patrimoine
régional.
Le deuxième critère est l’échelle urbaine. Plus précise, cette échelle sera de l’ordre du quartier. Elle permettra d’analyser
les circulations, les fonctions du bâti, la typologie des constructions, la présence de services de transports en commun…
Le deuxième filtre du lieu est le facteur architectural. Celui-ci se cible sur le bâtiment en lui-même, sur sa qualité
architecturale.
Premier critère : la qualité constructive observera tous les éléments structurels. Sont-ils ou non en bon état pour durer
une seconde vie ? Les matériaux de remplissage entre les structures ou les parements sont-ils à conserver ? Participent-ils à l’image, au caractère du lieu ?
Deuxième critère : la qualité des espaces. Je considère ici le potentiel du lieu au point de vue de sa modularité, de ses
espaces intérieurs, extérieurs, de sa qualité de lumière…
Ces analyses devront être mises en rapport avec la fonction nouvelle du lieu.
L’impact de ces observations du facteur architectural se ressentira directement dans le projet réalisé. Celui-ci devra, en effet, prendre en
compte tous ces éléments afin de créer une architecture qui en profitera de manière bénéfique.
Revenons maintenant au filtre humain pour analyser le facteur de réhabilitation. Ce facteur ne sera utilisé que pour les
friches industrielles transformées. Il ne sera donc pas pris en compte pour les friches que j’aborderai dans la seconde partie du mémoire dédié à Charleroi. Celles-ci n’étant pas encore
réhabilitées.
Premier critère : le respect de l’œuvre. La touche contemporaine met-elle en valeur le bâtiment ? Conserve-t-elle
l’esprit du lieu ? Je pense également que le bâtiment doit conserver une emprunte de son passé, une mise en scène, un aménagement qui nous rappelle sa fonction première.
Deuxième critère : le savoir faire de l’architecte. Ce point est plus subjectif car il s’agit d’une interprétation de la
transformation. Le nouveau projet trouve-t-il l’équilibre ? Est-il en symbiose avec l’ancien ? La forme peut-elle servir la fonction ?
Le facteur du sensible
Perception : représentation consciente à partir de sensations, conscience d’une sensation.
Sensible : perçu par les sens ; susceptible d’éprouver des perceptions, des sensations ; capacité à percevoir des
émotions.
Qu’est ce que l’architecture ? … Une science exacte ? Un art ? Une technique ? Une proportion ? Une structure ? Un
style ? Une forme ? Une ligne ?...
Je pense que l’architecture est un ensemble de disciplines, une communion entre les arts et les sciences. Faire de l’architecture est un éternel
questionnement entre notre sensibilité et notre rationalité.
Peut on dire objectivement qu’une œuvre architecturale est réussie ou ratée ? Toute démarche se voulant la plus objective possible vis à vis
d’un phénomène architectural comporte toujours une part de subjectivité. En effet, que l’on en soit conscient ou pas, tout objet nouveau est accueilli par notre sensibilité. Dans notre monde,
l’apparence, qui provient du premier regard d’un sujet sur un objet influence nos comportements, nos idées, nos choix.
Comme le dit Gilles Deleuze, la perception que nous avons de notre environnement suit le schéma sensori-moteur suivant :
·
des capteurs (œil, oreille...) reçoivent de l'information dans notre environnement. Ils captent
l'action de l'environnement sur nous.
·
cette information est envoyée, via des nerfs sensoriels vers le
cerveau.
·
ce cerveau est capable de prendre une décision de réaction à l'environnement.
·
le signal de réaction est transmis via des nerfs moteurs vers des muscles.
·
ces muscles réalisent effectivement la réaction.
Notre cerveau humain agit donc comme un filtre face à notre environnement. Il capte les informations, les déforme suivant la sensibilité de chacun et les
renvoie vers l’outil de communication choisi (la parole, l’écrit, le dessin…) Ce schéma rejoint la théorie de Husserl pour qui toute connaissance est filtrée par la manière dont le sujet reçoit
les données extérieures. Sans analyse plus précise, l’objet reste donc passif, il subit le regard et la critique. C’est malheureusement trop souvent le cas pour les friches industrielles qui ne
sont généralement pas mise en valeur par leur image délabrée. Une construction abandonnée est rarement synonyme de bien être, de ressenti agréable. Ce phénomène est également renforcé par
l’utilisation négative de l’image de ces lieux dans les médias et au cinéma.
Il faut passer outre ce phénomène de classification subjective pour donner une chance à ces lieux particuliers. Analyser leurs valeurs collectives, paysagères
et architecturales de manière objective est une des méthodes pour découvrir leurs potentiels et leur offrir une nouvelle vie.
Comme le dit l’écrivain Destouches, « la critique est aisée mais l’art difficile. »
Je vais tenter d’être le plus rationnel possible lors de l’étude des quelques friches industrielles présentées au chapitre suivant. Je me contenterai donc
d’une observation des faits pour quarte des cinq parties du schéma d’analyse. La dernière partie, intitulée « le facteur du sensible » est un élément à part, non défini, il répond à la
perception personnelle du lecteur suivant les critères de son choix.